Les nanotechnologies, déjà à l'officine
Les nanotechnologies apportent des promesses de traitements plus efficaces et de diagnostics plus précoces, notamment en cancérologie. A l’officine, les « nanos » sont déjà une réalité, et leur nombre va croissant. Elles peuvent susciter des questions mais aussi quelques inquiétudes chez la clientèle.
Que regroupe-t-on sous le terme « nano » ?
Le terme « nano » désigne tout objet de 1 à 100 nm (1 nm = 10-9 m). Il peut s’agir de particules présentes dans l’environnement (poussières volcaniques, aérosols…), mais aussi dans des produits manufacturés. A cette échelle, du fait de leur petite taille, les composés ont des propriétés physiques uniques, ce qui peut aboutir à des caractéristiques électriques, optiques ou chimiques intéressantes pour l’industrie : ils servent par exemple à fabriquer un ciment plus résistant, des capteurs solaires plus performants, des médicaments qui atteignent mieux leur cible ou restent plus longtemps dans l’organisme...Quels sont les produits « nano » vendus à l’officine ?
A l’officine, on peut distinguer les nanomédicaments des autres produits contenant des nanomatériaux.Certains dispositifs médicaux comportent des nanomatériaux : cathéter, produit pour prothèse dentaire, pansements recouverts de nanoparticules d’argent qui inhibent la prolifération bactérienne… Plusieurs produits cosmétiques contiennent également des nanomatériaux. On trouve par exemple des crèmes solaires qui intègrent des nanoparticules de dioxyde de titane (TiO2) dont la taille nano permet d’augmenter l’efficacité anti-UV et de rendre le matériau transparent.
Pourquoi l’industrie développe des nanomédicaments ?
Les nanomédicaments correspondent principalement à des vecteurs de médicaments. Concrètement, la molécule active est enrobée dans une nanoparticule qui la protège de la dégradation par des enzymes. De par sa petite taille et sa composition chimique, le nanovecteur peut franchir les barrières biologiques et, si on attache dans sa membrane des molécules spécifiques, atteindre un tissu ou un organe précis. Cette nanovectorisation permet d’administrer des doses de médicament plus faibles, ce qui réduit les effets indésirables.
On trouve principalement trois sortes de vecteurs dans les nanomédicaments, que l’on choisit en fonction de la nature du composé actif : les liposomes sélectionnés pour des composés hydrophiles (anticancéreux : Abraxane, antifongique : Ambisome…) ; les nanocristaux associés à des molécules hydrophobes (hypocholestérolémiant : Triglide) ; et les virosomes, qui sont des virus débarrassés de leur matériel génétique, employés dans certains vaccins comme le Cervarix ou le Gardasil afin de mieux cibler les cellules immunitaires.
L’autre débouché majeur des nanomédicaments concerne le diagnostic. En imagerie par exemple, ils sont utiles en tant qu’agent de contraste du fait de leur capacité à entrer dans les cellules. Plusieurs produits sont commercialisés pour le dépistage du cancer du foie. Les nanoparticules sont captées par les macrophages présents dans les tissus sains mais absents des lésions tumorales : la tumeur devient alors visible par contraste.
Combien vend-on de nanomédicaments en France ?
Actuellement, une trentaine de nanomédicaments sont disponibles sur le marché français. On compte parmi eux vingt-et-un vecteurs de médicaments.D’ici 2015, le marché mondial de la nanomédecine pourrait représenter 140 milliards d’euros (source : Bionest). Le budget de la recherche européenne sur ces technologies a plus que triplé, avec 730 millions d’euros investis jusqu’en 2013, contre 220 millions entre 2002 et 2006.
Y-a-t-il un risque avéré des nanomédicaments pour la santé ?
Pour l’instant, l’évaluation toxicologique d’un nanomédicament suit la même procédure qu’un médicament classique : études cliniques chez l’animal et chez l’homme, pharmacovigilance une fois le produit commercialisé… La question est de savoir si les méthodes d’évaluation toxicologique existantes sont bien adaptées aux nanomédicaments.
Dans son rapport de 2008*, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) soulignait « l’absence de données nécessaires à l’évaluation du risque » et « l’inadaptabilité partielle des méthodologies classiques de caractérisation du danger » des nanoparticules. Des études scientifiques ont mis en évidence des dommages de certains composés sur des tissus animaux ou encore in vitro sur l’ADN de cellules humaines. Cela a été montré pour les nanoparticules d’argent** : les ions métalliques dégraderaient la molécule d’ADN indirectement, en augmentant la quantité de radicaux libres dans la cellule suite à la destruction des mitochondries. Reste que les particules non biodégradables sont rarement employées dans les nanomédicaments.
Faut-il prendre des précautions particulières avec les nanomatériaux en général ?
L’Afsset a étudié dans son rapport quatre nanomatériaux courants : des chaussettes antibactériennes avec des nanoparticules d’argent, la silice utilisée dans l’alimentation, un ciment et un lait solaire à base de nanoparticules de dioxyde de titane (TiO2). En raison des dangers retenus pour certains nanomatériaux (le dioxyde de titane est classé cancérigène possible par l’OMS) et de l’impossibilité à évaluer le risque, l’Agence recommande d’appliquer le principe de précaution. Une des mesures consisterait donc à limiter l’exposition des consommateurs.Par exemple, l’Afsset préconise d’utiliser, à efficacité et coût égaux, une crème solaire sans nanoparticules. Le dioxyde de titane (TiO2) n’étant pas biodégradable pourrait, en franchissant les barrières biologiques sous forme de nanoparticules, s’accumuler dans des organes vitaux (cerveau, poumons…). Ce risque de pénétration n’est pas exclu à la surface d’une peau lésée (brûlures, peau atopique…). Sur demande d’un comité scientifique européen, l’industrie cosmétique doit d’ailleurs fournir des données sur l’innocuité dioxyde de titane (TiO2) pour des peaux anormales. L’Afssaps, quant à elle, publiera début 2011 une réactualisation de son rapport sur les risques des nanoparticules dans les produits cosmétiques.
Comment savoir si un produit contient des nanomatériaux ?
L’étiquetage des nanomatériaux est différent pour les nanomédicaments et les produits cosmétiques.Dans le premier cas, l’information figure dans la notice, au niveau du paragraphe « forme pharmaceutique » : le nom du produit est précédé de « nanoparticule ». Sauf pour les liposomes, qui dépassent en taille l’échelle nano (400 nm).
Un fabricant de produits cosmétiques n’est pas tenu d’indiquer la présence de nanomatériaux dans la liste d’ingrédients. Toutefois, le Parlement européen a adopté un nouveau règlement qui rend la mention « [nano] » obligatoire après le nom du composé concerné. Le texte doit entrer en vigueur d’ici 2013 dans les pays de l’Union européenne.
Sources : Afssaps, Afsset , Académie nationale de Pharmacie, Leem, Bionest, FEBEA (fédération des entreprises de la beauté).
* « Évaluation des risques liés aux nanomatériaux pour la population générale et pour l'environnement » (Afsset, 2008)
** « Cytotoxicity and Genotoxicity of Silver Nanoparticles in Human Cells » (publication dans ACSNano, 2009) http://pubs.acs.org/doi/abs/10.1021/nn800596w
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