Santé Cette chercheuse qui veut éradiquer le cancer

Cette chercheuse qui veut éradiquer le cancer

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Patrizia Paterlini-Bréchot

Cette cancérologue, dont les travaux sont reconnus mondialement, a décidé de se battre contre le cancer. Elle a pour cela mis au point un test de dépistage très précoce qui doit encore être validé à grande échelle.

Entre deux colloques, deux réunions, deux avions, le professeur Patrizia Paterlini-Bréchot nous reçoit dans son très simple bureau situé dans les locaux de l’université de médecine Paris-Descartes. Son enthousiasme est communicatif et son sourire est immense. Sans attendre les questions, l’éminent docteur démarre aussitôt sur le cancer, ce fléau, cette horrible maladie contre laquelle elle mène un combat constant. Depuis vingt-cinq ans, elle lui consacre chaque minute de sa vie.

Le combat de sa vie

Un jour, elle n’a pas supporté son impuissance face à un malade atteint d’un cancer fulgurant. Elle arrive maintenant à en parler à peu près normalement, « mais j’ai eu longtemps du mal tant cela m’émeut», dit-elle calmement. C’est son « patient zéro » comme elle dit, celui qui a marqué son histoire personnelle et son engagement.

Nous sommes en 1982. Patrizia est une jeune interne à la clinique hospitalo-universitaire de Modène, en Italie. Elle s’occupe de cet homme malade et très angoissé, en panique. « Nous ne pouvions rien faire pour lui à part atténuer un peu ses souffrances. Il m’a parlé, m’a demandé de l’aide, mais je ne pouvais rien pour lui. Je n’avais aucune formation en psychologie, j’étais démunie ! » La célèbre cancérologue s’arrête un instant et poursuit : « Le lendemain de son décès, j’étais extrêmement mal, ma vie n’avait plus de sens, je n’avais pas été à la hauteur de ma mission de médecin. Il fallait choisir si j’allais dédier ma vie à combattre le cancer ou y renoncer. » Elle a choisi. Elle passera sa vie à traquer le cancer.

L’Italie au cœur

Son enfance dans la région du Reggio de Calabre est un conte de fées. Elle se souvient de ces années merveilleuses : « Je vivais dans une maison au cœur du village, sur la place. Pour moi, c’était un château entouré de bois magiques ! J’ai compris que c’est l’amour qui m’a portée, je me sentais profondément aimée par ma famille. » A 5 ans, elle jouait à soigner ses amis. « Je rêvais de sauver des gens dans des situations dangereuses », raconte-t-elle, amusée. Ses parents, sévères et attentifs à la fois, lui inculquent, à elle et à sa sœur, le goût de l’indépendance dans une Italie où les îles, même quand elles vont à l’université, se concentrent sur la recherche du bon parti. Pas elle ! Ses études de médecine la passionnent et elle a envie de tout apprendre. Finalement, ce sera l’hématologie « parce que c’est la première discipline pour laquelle la science a compris comment et pourquoi les cellules tumorales se développent ». Une rencontre avec un éminent docteur, qu’elle nomme « maestro », marque sa carrière. Comme lui, elle veut être un « bon médecin ». Elle travaillera à ses côtés, apprenant chaque jour.

Le cancer, son ennemi

Une opportunité de poste en France la pousse à quitter son Italie natale. Elle y rencontre celui qui deviendra son mari et le père de ses deux enfants. Elle ne quittera plus la France et s’attellera à la tâche. Depuis vingt ans, elle réalise des recherches, publie des articles sur les résultats de son laboratoire et frappe aux portes, levant des fonds pour aller encore plus loin. Le test sanguin qu’elle a mis au point permet de dépister les cellules malignes dans le sang, avant la formation des tumeurs. « Je ne travaille pas seule, écrivez-le, c’est important, insiste-t-elle. Ce sont des années de labeur et ce n’est pas terminé, nous devons encore financer des travaux. » Dans la pièce d’à côté travaille son fils ! Elle lui a transmis sa passion pour la science. Elle voudrait aussi partager son combat avec le public. Dans son livre, Tuer le cancer*, elle raconte comment elle traque depuis vingt ans et sans relâche ce « tueur en série », comment elle piste cet ennemi, l’espionne, scrute le moindre sursaut. Telle une profileuse de criminels, le professeur Patrizia Paterlini-Bréchot ne lâchera jamais.

Vous pouvez soutenir ses recherches sur Stl-don.org * Ed. Stock, 19,50 €.

A propos du test de dépistage Iset

  • Ce test a été inventé par l’équipe de Patrizia Paterlini-Bréchot.
  • Testé dans un autre laboratoire, situé à Nice, il consiste en une analyse sanguine qui permet de détecter les cellules tumorales des cancers invasifs, avant les techniques d’imagerie. !
  • Commercialisé à petite échelle, le test n’est pas remboursé par la Sécurité sociale.
  • Le patient le paie en totalité (486 €).
    Encore à l’étude, le test Iset est actuellement examiné simultanément dans plusieurs autres centres de recherche, sur de nombreuses personnes présentant un risque de développer un cancer
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Rédactrice Santé pour le magazine Wk-pharma.fr / Diplômée d’une école de médecine / Journaliste pour plusieurs grands medias.